arXiv:2602.12266  ·  quant-ph, gr-qc  ·  préprint

Deux attractions
qui font une répulsion

Ce qu'une équipe d'Oxford et de Belo Horizonte a réellement publié sur l'antigravité. Et ce qu'elle n'a pas fait.

deux attractions superposées ce qui reste après post-sélection
Reconstruction de la figure 2 de l'article. En abscisse : l'impulsion transmise à la sonde. Les deux courbes dorées poussent toutes les deux vers la droite. Leur différence, elle, a une moyenne à gauche. Amplitudes normalisées pour la lisibilité.
Ce que dit le titre

L'anti-gravité vient d'être prouvée.

Ce qui existe

Une proposition d'expérience de cinq pages, pas encore relue par les pairs. Aucune mesure. Rien n'a lévité.

La sourceVérifiable

L'article, tel qu'il est

Titre
Repulsive Gravitational Force as a Witness of the Quantum Nature of Gravity
Auteurs
Pablo L. Saldanha · Chiara Marletto · Vlatko Vedral
Laboratoires
Universidade Federal de Minas Gerais (Belo Horizonte) et Clarendon Laboratory, université d'Oxford
Dépôt
12 février 2026 — révision v2 le 20 juillet 2026
Format
5 pages, 2 figures
Statut
Préprint, non relu par les pairs
Expérience
Non réalisée. Aucune plateforme ne sait encore la faire.

La nouveauté réelle de l'article n'est pas l'antigravité. C'est la simplification du protocole : il ne faut plus qu'une seule masse en superposition au lieu de deux, et il suffit de lire la distribution d'impulsion de la sonde au lieu de mesurer des corrélations entre deux particules.

Le principeEn partant de zéro

L'expérience en quatre temps

Chez Newton comme chez Einstein, la gravité ne sait faire qu'une chose : attirer. Il n'existe pas de charge gravitationnelle négative comme il existe des charges positives et négatives en électricité. La question ouverte depuis un siècle est ailleurs : si une masse est en superposition entre deux endroits, sa gravité l'est-elle aussi ?

  1. Mettre une masse à deux endroits à la fois

    Une « source » massive est placée en superposition quantique entre une position A, proche de la sonde, et une position B, plus loin. Un nanodiamant portant un centre azote-lacune, guidé par des champs magnétiques.

  2. Laisser sa gravité tirer sur une sonde

    À côté, une sonde — un atome, ou un nuage d'atomes de césium. Si la gravité obéit à la superposition, la sonde ne subit pas une attraction mais la superposition de deux : une forte venant de A, une faible venant de B. Les deux tirent dans le même sens.

  3. Ne garder qu'un résultat sur dix mille

    On mesure ensuite la source et on ne conserve que les cas où elle sort dans un état précis. C'est la post-sélection. Tout le reste est jeté.

  4. Lire la sonde : elle est partie de l'autre côté

    Dans ces cas-là, les deux ondes se soustraient. La plus faible retranche à la plus forte davantage de poussées vers l'avant que vers l'arrière. Ce qui reste a une impulsion moyenne négative.

Ce ne sont pas deux mains qui poussent et dont les forces s'ajoutent. Ce sont deux vagues qui se superposent — et deux vagues qui montent peuvent, en se croisant, creuser un trou. La répulsion, ici, c'est ce trou.

Le prixCe que les vidéos coupent

Trois chiffres qui démontent le mot « machine »

1 / 10 000

La probabilité que la post-sélection réussisse, pour l'exemple chiffré des auteurs. Plus on amplifie l'effet, plus elle chute.

Moyenne : attractive

Les auteurs l'écrivent eux-mêmes : si l'on tient compte des deux états finaux possibles de la source, la force gravitationnelle moyenne reste attractive. Le bilan global est intact.

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Le facteur qui manque. Avec des atomes de césium comme sonde, il faudrait une masse source sept ordres de grandeur au-dessus de ce que permettent les propositions actuelles.

Les auteurs reconnaissent qu'une étude de faisabilité étendue reste à faire, notamment pour distinguer leur effet d'effets concurrents comme l'interaction de Casimir-Polder. La partie difficile — mettre une masse mésoscopique en superposition sur des centaines de micromètres — n'est toujours pas résolue.

Si l'expérience marchait un jour, ce ne serait pas une machine à léviter. Ce serait un témoin : la preuve que la gravité obéit au principe de superposition. Un nuage d'atomes déplacé de quelques micromètres du mauvais côté suffirait à faire tomber la dernière pièce classique de la physique.

Généalogie1687 → 2026

Trois siècles de gravité qui n'a jamais repoussé

  1. 1687Newton. La gravitation universelle : attraction pure, et aucune explication du mécanisme. Newton lui-même juge absurde l'action à distance.
  2. 1915Einstein. La gravité devient une géométrie. L'énergie étant toujours positive, la courbure va toujours dans le même sens : la répulsion est structurellement interdite.
  3. 1917La constante cosmologique. Einstein ajoute un terme répulsif pour tenir l'univers immobile, puis le retire.
  4. 1928L'antimatière. Prédite par Dirac, trouvée par Anderson en 1932. Et si elle tombait vers le haut ? La question mettra 90 ans à être tranchée.
  5. 1948L'ère des bricoleurs. Roger Babson fonde la Gravity Research Foundation pour chercher comment réduire les effets de la gravité. Suivront les rumeurs aéronautiques des années 1950, jusqu'à l'amendement Mansfield de 1973.
  6. 1957Bondi. La masse négative est formalisée en relativité générale. Résultat absurde : une masse négative et une masse positive s'auto-accélèrent sans fin. Jamais observée.
  7. 1988La clé oubliée. Aharonov, Albert et Vaidman montrent qu'en imposant une condition à la fin et au début, une mesure peut donner une valeur impossible. Ce sont les valeurs faibles — le formalisme même qu'utilise l'article de 2026.
  8. 1995La fausse piste. Podkletnov annonce un écrantage gravitationnel par supraconducteurs. Jamais reproduit.
  9. 1998L'énergie sombre. L'expansion accélère. Le terme répulsif d'Einstein revient sous un autre nom. C'est la seule « antigravité » observée à ce jour, et personne ne sait ce que c'est.
  10. 2017Le tournant BMV. Bose et al. et, indépendamment, Marletto & Vedral proposent le même test : si deux masses en superposition s'intriquent par la seule gravité, alors la gravité ne peut pas être classique.
  11. 2018La brique manquante. Saldanha et ses collègues publient l'interférence quantique de force ; l'effet est vérifié avec des photons en 2025. Le mécanisme est validé — mais en électromagnétisme, pas en gravité.
  12. 2023L'antimatière tombe. ALPHA mesure sa chute au CERN. Vers le bas.
  13. 2026L'article d'Oxford. Saldanha apporte son interférence de force, Marletto et Vedral le programme BMV. On greffe l'un sur l'autre.
Les voisinesCe qui est mesuré

Les études qu'on ne cite jamais dans les vidéos

ALPHA-g, CERN — l'antimatière tombe vers le bas

contre l'antigravité

Publié dans Nature le 27 septembre 2023 : la première mesure directe de l'effet de la gravité sur de l'antimatière neutre. Valeur obtenue pour l'antihydrogène : g = (0,75 ± 0,13 ± 0,16) g, compatible avec une gravité attractive, à environ 25 % de précision. Trop imprécis pour dire si matière et antimatière tombent exactement pareil ; assez précis pour exclure la chute vers le haut. Deux autres expériences, AEgIS et GBAR, visent la même mesure.

C'est la seule antigravité qu'on pouvait espérer voir directement. Elle a été cherchée. Elle n'y était pas.

Casimir répulsif — une répulsion quantique, mesurée pour de bon

réel, mais pas gravitationnel

Munday, Capasso et Parsegian, Nature 457, 170 (2009) : le signe de la force de Casimir-Lifshitz peut être inversé, d'attractif à répulsif, en choisissant les matériaux et le fluide qui les sépare. Des forces de quelques dizaines de piconewtons, jusqu'à 40 nm de séparation. Du vide quantique qui pousse — reproduit, robuste, et entièrement électromagnétique.

Les objections

le doute de fond

Depuis 2017, une littérature critique conteste la logique même du programme BMV. Anastopoulos & Hu, puis Hall & Reginatto, ont publié des objections argumentées sur ce que ces expériences prouveraient réellement de la quantification de la gravité. Le raisonnement d'impossibilité sur lequel tout repose — un médiateur classique ne peut pas créer d'intrication — dépend d'hypothèses que tout le monde n'accepte pas. Hossenfelder, qui a relayé l'article avec enthousiasme, avait elle-même écrit en 2009 un texte expliquant pourquoi la relativité générale n'admet pas de sources gravitationnelles négatives.

Lecture parallèleRésonances, pas preuves
Ce qui suit est une analogie assumée. Rien ici ne démontre rien.

Le paradoxe, vu de l'autre côté

Le Kybalion avait posé la question au bon endroit. Le texte hermétique range la gravitation parmi les trois mystères que la science ne sait pas expliquer, et la nomme « le plus grand » des trois. Il ose ensuite la rattacher au Principe du Genre — tout en précisant honnêtement qu'il ne peut en fournir aucune preuve scientifique. Un siècle plus tard, la gravitation reste la seule des quatre forces non quantifiée. Le mystère qu'il désignait est resté exactement là où il le désignait.

Le Principe de Polarité décrit le mécanisme presque littéralement. « Les extrêmes se touchent ; tous les paradoxes peuvent être conciliés. » L'article dit : deux attractions superposées donnent une répulsion. Aucune force nouvelle n'apparaît — c'est un degré qui bascule de signe sur une même échelle. Le pôle négatif n'est pas ajouté, il est obtenu par retranchement. C'est la définition hermétique de la transmutation, opposée à la création.

Langage des oiseaux : peser et penser. Ce n'est pas un jeu de mots, c'est de l'étymologie stricte. Les deux verbes descendent du latin pensare, « soupeser » — comme pendre, dépendre, suspendre, compenser. Le poids et la pensée sortent du même geste : tenir suspendu pour évaluer. Or que fait le protocole d'Oxford ? Il rend le résultat dépendant d'une mesure faite après coup. Dans le formalisme d'Aharonov, la post-sélection est une condition posée à la fin qui détermine ce qu'on lit au début : le temps y est symétrique, l'aval informe l'amont.

La répulsion est réelle dans la branche, illusoire dans le tout. Vraie à un plan, fausse au plan supérieur — ce que le Kybalion appelle le Divin Paradoxe, et ce que dit aussi, en une phrase, la discussion de l'article : la moyenne reste attractive.

Selon qu'on tienne la valeur faible pour une propriété réelle ou pour un artefact de sélection, on obtient soit une antigravité, soit un tri statistique très bien habillé. Les physiciens eux-mêmes ne sont pas d'accord là-dessus.

Retenir

L'étude existe, elle est sérieuse, elle vient bien d'Oxford — et de Belo Horizonte, ce que tout le monde oublie. Le seul mot inventé, c'est « prouvée ».

SourcesPrimaires
  • Saldanha, Marletto, Vedral — Repulsive Gravitational Force as a Witness of the Quantum Nature of Gravityarxiv.org/abs/2602.12266
  • Collaboration ALPHA, CERN — premiers résultats ALPHA-g, Nature, 27 septembre 2023 — alpha.web.cern.ch
  • Munday, Capasso, Parsegian — Measured long-range repulsive Casimir–Lifshitz forces, Nature 457, 170 (2009) — pubmed 19129843
  • Bose et al., Phys. Rev. Lett. 119, 240401 (2017) · Marletto & Vedral, Phys. Rev. Lett. 119, 240402 (2017)
  • Aharonov, Albert, Vaidman, Phys. Rev. Lett. 60, 1351 (1988) — valeurs faibles
  • Corrêa, Cenni, Saldanha, Quantum 2, 112 (2018) · Militani et al., Phys. Rev. A 112, 012213 (2025)
Fiche établie le 14 août 2026 · statut de l'article à cette date : préprint